Les
enzymes, catalyseurs biologiques, sont essentielles pour la vie.
Connaître comment elles assurent la catalyse renvoie à l'élucidation
de leurs mécanismes, sans oublier que cela se passe par le contact
du substrat avec l'enzyme à travers quelques acides aminés
qui constituent le 'site actif'. Dans le cas de plusieurs substrats,
le suivi de la catalyse homogène permet d'élucider en détail
le comportement de l'enzyme et déterminer les paramètres
cinétiques correspondants.
1.3.
INTERACTIONS MOLECULAIRES ENZYME (E)-SUBSTRAT (S)
1.3.1.
Formation de complexe enzyme-substrat (ES) LA
CATALYSE ENZYMATIQUE. COMMENT S'EFFECTUE-T-ELLE ? La
catalyse enzymatique d'une réaction biochimique s'effectue par formation
de complexe Ensyme-Substrat (complexe E-S).
L'existence de
ce complexe peut être démontrée par plusieurs preuves expérimentales
comme la dialyse à l'équilibre, la filtration sur gel, la spectrographie,
la cinétique rapide et la cristallisation du complexe, lui même.
Des
produits de la réaction résultent de la formation du complexe E-S. La
vitesse d'apparition des produits (V) fait l'objet de la cinétique enzymatique.
Celle ci peut être 'hyperbolique' (ou Michaellienne, MICHAELLIS, 1902)
ou sigmoïde (ou allostérique) lorsqu'elle est étudiée en fonction de la
concentration en substat (S).
PEUT-ON BLOQUER
UNE REACTION ENZYMATIQUE IN VIVO OU IN VITRO ?
Bien sûre.
On peut le faire par plusieurs procédures dont l'utilisation d'inhibiteurs
qui peuvent être ou non des analogues structuraux des vrais substrats
de l'enzyme. Selon les types de complexes qu'ils forment en présence de
l'enzyme et/ou du substrat et la modification de la cinétique qu'ils entraînent,
les inhibiteurs sont qualifiés de 'compétitiffs', 'incompétitifs', 'non
compétitifs' ou 'mixtes'.
EXEMPLES
D'APPLICATION DES INHIBITEURS.
1/ Les sulfamides (antibiotiques): analogues structuraux de l'acide
p-aminobenzoïque, substrat d'enzymes bactériennes synthétisant l'acide
folique, coenzyme nécessaire pour la croissance bactérienne.
2/ Les médicaments du traitement du SIDA.
1.3.2.
Cinetique enzymatique et Equation
de Michaelis-Menten
Une réaction catalysée
par une enzyme comprend au moins trois réactions simples pouvant
être représentées par l'enchaînemenr réactionnel
suivant:
Fixation du substrat (S) sur l'enzyme (E), formation du complexe (ES),
Transformation du substrat fixé (ES) en produit (EP), Dissociation
du complexe (EP) et Libération du produit (P).
La vitesse de réaction est difficile à mesurer en présence
de S et P, surtout à l'équilibre!
On mesure de préférence la 'vitesse initiale':
Au début de réaction, P n'est pas encore formé, et
on présume que le complexe EP se dissocie plus vite qu'il ne se
forme à partir de ES, c'est-à-dire que k3 > k2, k-2 .
La réaction k2 est limitante de la formation de P. Dans ces conditions,
le schéma se simplifie:
Leonor Michaelis et Maud Menten (1912) ont déduit de ce modèle
une équation qui prédit la vitesse initiale (de formation
de P) en fonction de la concentration du substrat:
Vitesse initiale de la réaction: vi = d[P]/dt = k2·(ES)
La vitesse de réaction dépend de la concentration du complexe
enzyme-substrat ES dont il faut l'évaluer:
ES se forme à partir de E + S et se décompose soit en E
+ S , soit en E + P .
Vitesse de formation de ES: vf = k1·(E)·(S)
Vitesse de dissociation de ES: vd = (k-1+ k2)·(ES)
(ES) atteint rapidement une valeur constante (condition dite de "steady
state"),
donc: vf = vd
k1·(E)·(S) = (k-1+ k2)·(ES)
(ES) = (E)·(S).k1/ (k-1+ k2), soit Km
= (k-1+ k2) /k1 appellée constante de Michaelis -Menten,
(ES) = (E)·(S)
/ Km (equation
1)
La vitesse initiale vi = k2.(ES), la vitesse maximale est obtenue
lorsque toute l'enzyme est complexée sous forme 'enzyme totale'
(ET). Donc: (ES) = (ET) et Vmax = k2.(ET) Faisons le rapport vi/Vmax: vi/Vmax
= (ES)/(ET) avec (ET) = (E) + (ES)
vi/Vmax = (ES)/[(E)+(ES)] (equation 2)
En remplaçant
(E) par sa valeur déduite de l'équation 1 ((E) = (ES).Km/(S)),
on trouve:
vi/Vmax =(ES)/[(ES).Km/(S)
+ (ES)] = 1/[1 + Km/(S)], soit vi = Vmax.1/[1 + Km/(S)] qui peut
être écrite:
vi
= Vmax. (S)/[(S) + Km]
1.3.3.
Equation de Michaelis-Menten. Cas spéciaux et représentation
graphique
Cas spéciaux ou
extrêmes: (S)>> Km, vi = Vmax·(S)/(S), vi = Vmax; vi
indépendente de (S), saturation, asymptote 1
(S)<<
Km, vi = Vmax·(S)/Km, dépendence
linéaire de (S), substrat limitant, asymptote 2.
(S)=
Km, vi = Vmax· Km / 2 Km, vi = Vmax / 2, demi-saturation
de l'enzyme.
Vmax
est la vitesse maximale que peut atteindre la réaction lorsque
l'enzyme est saturée de substrat,
c'est-à-dire lorsque (ET) = (ES).
Km est la concentration de substrat qui sature l'enzyme à moitié.
C'est une mesure de l'affinité de l'enzyme pour le substrat:
plus l'affinité est élevée, plus Km est petit.
k2 (= Vmax/(ET)) est souvent appelée constante
catalytique kcat.
Le rapport kcat/Km est souvent donné comme mesure de l'efficacité
catalytique, car il correspond à une constante de vitesse
pour de basses concentrations de substrat (S) << Km, donc (E) =
(ET)
vi= Vmax· (S)/ Km = kcat·(E)·(S)/ Km = (E)·
(S)· kcat/Km
Linéarisation de l'équation de
Michaelis-Menten
Une hyperbole est difficile à tracer manuellement. Des erreurs
sur l'estimation de la Vmax sont possibles.Pour simplifier la représentation
graphique de l'équation de Michaelis-Menten, on transforme l'hyperbole
en droite. L'exemple en est la transformation de Lineweaver et Burke: 1 / vi = 1 / Vmax + (Km / Vmax )· 1 /
(S). Cette équation représente une droite de
pente Km / Vmax
L'intersection sur l'axe vertical est 1 / Vmax et sur l'axe horizontal
1 / Km .
1.3.4. Expressions de l'activité
enzymatique
Unité officielle: katal (kat),
quantité d'enzyme qui catalyse la transformation de 1 mole de substrat
par seconde. Le katal n'est jamais utilisé, car beaucoup trop grand.
On doit utiliser des sous-unités comme les µkat (10-6 katal),
nkat (10-9 katal) ou pkat (10-12 katal).
L' "unité internationale"
(IU, International Unit), utilisée par la plupart des biochimistes.
Elle correspond à la quantité d'enzyme qui catalyse la transformation
de 1 µmole de substrat par minute. 60 IU valent donc 1 µkat.
Le nombre de rotations ( kcat ) est le nombre de molécules de substrat
transformées par molécule d'enzyme par seconde (ou le nombre
de moles de substrat transformé par mole d'enzyme.
L'activité molaire est le nombre
de moles de substrat transformé par mole d'enzyme par minute (kcat
x 60).
Sans connaître le poids moléculaire de l'enzyme, on peut
quand même mesurer l'activité spécifique
, soit l'activité par mg de protéine purifiée. Normalement,
elle est donnée en IU/mg protéine (ou µkat/mg).
Si on calcule l'activité spécifique sur un extrait non-purifié
(soit un mélange de protéines), elle indique la pureté
d'une enzyme.
Au cours d'une purification d'enzyme, on mesure régulièrement:
l'activité totale (IU ou µkat), la quantité totale
de protéines (mg) et le volume total de solution (ml).
De ces trois valeurs, on peut calculer:
l'activité spécifique (activité totale / quantité
totale de protéine, IU/mg), le rendement (activité totale
/ activité totale avant la première étape de purification)
et le taux de purification (activité spécifique / activité
spécifique avant la première étape de purification).
L'activité spécifique et le taux de purification atteigne
une valeur maximale lorsque l'enzyme est pure.
1.3.5.
Inhibition par excès de substrat
Dans de plusieurs enzymes,
le substrat peut former des complexes du type ESS, non réactifs
du fait que le substrat est incorrectement disposé dans le site
actif. L'inhibition par excès de substrat est analogue à
celle exercée par un inhibiteur (I) conditionnel (inhibiteur
incompétitif), en remplaçant
I par le substrat (S). Le complexe ESS n'est pas productif (figure ci
dessous). KS et Vmax diminueront d'un facteur (1 + (S)/KI). Ils seront
tous divisés par le même facteur et l'équation de
vitesse deviendra comme ci dessous: